INFOS PRATIQUES

 

Tarif unique 11€

Gratuit pour les enfants de moins de 15 ans

Règlement sur place (Attention, pas de CB !)

 

Réservation indispensable

par mail de préférence : resa@lacourroie.org

ou par téléphone : 04 90 32 11 41

 

Placement libre

Concert sans entracte, durée 1h15 environ

 

Soupe, desserts et boissons vous sont proposés

à partir de 19h15 et à l’issue du concert

Boissons : 1€

Soupe : 3€

Desserts : 2€

Vendredi 8 février 2019 à 20h19

Ensemble Apotropaïk

Nouvelles musiques du Moyen-Âge

Clémence Niclas • voix et flûtes à bec

Marie-Domitille Murez • harpe gothique

Louise Bouedo-Mallet • vièle à archet

Clément Stagnol • luth médiéval

Note d’intention

 

La lyrique courtoise constitue sans doute l’essence poétique de la musique médiévale profane. Source inépuisable d’inspiration pour les troubadours ou trouvères, elle trouve une résonance dans les chants d’amours du XVe siècle, laissant la place à l’expression d’un amour transi ou déçu.

La première partie de ce programme réunit des œuvres autour d’un type d’écriture largement en usage depuis le XIe siècle pour les répertoires profanes, celui de la monodie. Elle s’ouvre sur une canso de la comtesse de Die (fin XIIe-déb. XIIIe s.), seul témoin musical de l’art des trobairitz, équivalent féminin du troubadour qui exerce son art au sein de l’espace occitan. Il n’est pas inutile de rappeler que le troubadour (de « trobar », signifiant composer, inventer) appartient à la sphère noble de la société médiévale et conçoit à la fois ses textes et leur mise en musique. Son œuvre est intimement liée à la notion d’amour courtois (ou fin’ amor, en occitan) : plus qu’un code poétique, il s’agit d’un véritable art de vivre mettant en scène un amour raffiné entre le poète et l’image de la femme idéalisée, cette dernière étant l’objet d’un désir éternellement inassouvi. La production lyrique des troubadours possède son exact équivalent au Nord de la France avec leurs alter ego les trouvères, dont l’œuvre est en langue d’oïl, ancêtre du français actuel. À ce titre, Le Roman de Fauvel, dont une monodie est ici donnée à entendre, marque une synthèse de l’art des trouvères et annonce la fin d’une lyrique dont Guillaume de Machaut sera le dernier représentant. Si le Chansonnier du roi (BNF, ms. fr. 844), manuscrit rédigé au XIIIe siècle, constitue une source importante de ces monodies profanes, il conserve également dans ses pages parmi les premières estampies notées, pièces instrumentales liées à la danse. Ces « estampies royales » possèdent leurs pendants italiens au sein du manuscrit dit « de Londres » qui renferme le sublime Lamento di Tristano, référence explicite à la légende médiévale de Tristan et Iseult. Apparue dans la tradition orale bretonne, bon nombre de poètes se la réapproprieront à partir du XIIe siècle. À l’opposé des codes de la tradition courtoise prônant un amour idéalisé, la figure des deux amants malheureux évoque ici l’amour consommé qui les fait courir à leur propre perte. Cette pièce met en scène le désespoir de Tristan au moyen d’un pathos exacerbé, dans un geste quasi programmatique. Qu’elle soit d’essence vocale ou instrumentale, l’accompagnement de la monodie demeure une source inépuisable de questionnements et sa réalisation est laissée aux soins de l’interprète, appelant à la (re)création.

Au XVe siècle, la cour de Bourgogne devient un centre culturel et musical important, attirant de loin les compositeurs dont le célèbre Guillaume Dufay. On y cultive l’art de la chanson, aux mélodies suaves et simples. Le manuscrit d’Oxford, l’un des recueil emblématiques du genre, comprend aux côtés de la production de nombreux anonymes (Quant la doulce jouvencelle…) une œuvre déchirante de Dufay, La belle se siet au pied de la tour : cette complainte rapporte l’histoire d’une belle pour son amant promis à la pendaison. Le répertoire de chansons de cette époque rencontre une résonance particulière dans les tablatures du Buxheimer Orgelbuch qui lui sont contemporaines, témoignant de la suprématie de l’art bourguignon et de sa diffusion. Progressivement, l’école de compositeurs bourguignons laisse la place aux franco-flamands, originaires d’un espace s’étendant des actuels Pays-Bas à la Belgique et au Nord de la France, et qui inondent l’Europe occidentale de la fin du XVe siècle par leur style. Le Chansonnier cordiforme, manuscrit remarquable par sa forme de cœur et sa profusion ornementale, est le riche témoignage d’un répertoire de chansons amoureuses, dont le célèbre rondeau anonyme J’ay pris amours : le matériau se voit réutilisé par Johannes Martini qui propose un canon subtil sur la chanson originelle accueillant sa réalisation telle un écrin. Cette pièce montre un haut degré de virtuosité compositionnelle et de combinatoire musicale, typique du style de la seconde moitié du XVe siècle. Ce programme s’achève enfin avec une pièce du jeune Josquin des Prez, Adieu mes amours, qui résonne ici comme un adieu au Moyen-Âge. Imprimée dans la première édition musicale sortie des presses de Petrucci à Venise, le fameux Odhecaton (1501), elle ouvre définitivement la voie de la Renaissance et marque le pas vers l’essor de la chanson polyphonique. Pour autant, l’amour comme thème d’inspiration restera le fil conducteur des musiciens des générations futures.

« Aÿ Amours »

programme

 

- COMTESSA DE DIA (fl. fin XIIe-déb. XIIIe siècle)

 A chantar m’er de so qu’eu non volria

[Le Chansonnier du Roi (XIIIe s.), Paris – BNF, fr. 844]

 

- ANONYME

La quarte estampie royale

[Le Chansonnier du Roi (XIIIe s.), Paris – BNF, fr. 844]

 

- ANONYME Aÿ Amours ! Tant me dure

[Le Roman de Fauvel (1316), ms. Paris – BNF, fr. 146]

- ANONYME Lamento di Tristano & Rotta

[Londres – British Library, Add. 29987 (c. 1400)]

 

- ANONYME Pièce sans titre, f. 49v

[Codex Faenza (déb. XVe s.), Faenza – Biblioteca Comunale, MS 117]

- Guillaume DUFAY (1397-1474) La belle se siet au piet de la tour

[Oxford – Bodleian Library, Canonici Misc. 213]

 

- ANONYME Redeuntes In Idem

[Buxheimer Orgelbuch (c. 1470),

Munich – Bayerische Staatsbibliothek, Mus. MS 3725]

- ANONYME Praeambulum super sol [n°240] [Buxheimer Orgelbuch]

- ANONYME Quant la doulce jouvencelle

[Oxford – Bodleian Library, Canonici Misc. 213]

 

- ANONYME J’ay pris amours

 [Chansonnier Cordiforme (c. 1475), Paris – BNF, Rothschild 2973]

- Johannes MARTINI (c. 1430/40-1497) J’ay pris amours

[Florence – Biblioteca Nazionale Centrale, MS Banco Rari 229 (1491-1492)]

- Henricus ISAAC (c. 1450/55-1517) J’ay pris amours

[Florence – Biblioteca Nazionale Centrale, MS Magl. XIX.178]

 

- Johannes GHISELIN (fl. 1491-1507) Carmen in sol

[Copenhague – Kongelige Bibliotek, MS Ny. Kgl. Samling 1848]

 

- Henricus ISAAC (c. 1450/55-1517)

Adieu mes amors

[Hans Kotter Tabulaturbuch,

Bâle – Öffentliche Bibliotek der Universität, F.IX.22]

- Josquin DES PREZ (c. 1450/55-1521) Adieu mes amours

[Harmonices musices Odhecaton A (Venise, Ottaviano Pettruci, 1501)]

- ANONYME Adieu mes amours

[Manuscrit de Bayeux (XVe s.), Paris – BNF, fr. 9346]

Fort d’un instrumentarium varié, l’ensemble ApotropaïK a pour vocation de renouveler l’approche des répertoires médiévaux par un regard jeune et vivant. Ses membres, formés au CNSMD de Lyon, ont approfondi la pratique de ces répertoires auprès de grands interprètes tels que Pierre Hamon, Anne Delafosse, Raphaël Picazos et Angélique Mauillon. La démarche de l’ensemble associe un travail de recherche et de compréhension des sources à une attention portée à la créativité et à l’émotion. L’ensemble cherche à travers ses arrangements à mettre chaque instrument en valeur en mélangeant subtilement tous les timbres dont il dispose. Il souhaite faire découvrir ces répertoires anciens qui restent encore largement méconnus du public, au travers de prises de parole lors des représentations, afin de rendre cette musique plus accessible. Ainsi l’auditoire est plus à même de se souvenir et d’apprécier le moment de musique qu’il partage avec l’ensemble.

Ses membres sont pour la première fois réunis en novembre 2015 à l’occasion de la Nuit de la Corée coorganisée par le CNSMD de Lyon, manifestation s’inscrivant dans le cadre des célébrations de l’Année France-Corée 2015-2016 sous la cotutelle de l’Institut français. Les débuts de l’ensemble ont lieu sous le signe du dialogue interculturel avec un premier concert où sa prestation se voit mise en regard avec celle d’un ensemble de musique traditionnelle coréenne. Dans la même perspective, l’ensemble a été choisi en septembre 2016 pour représenter les étudiants du CNSMD de Lyon au projet « Transcultural Confluence », événement fondateur et inédit d’un programme d’échange unissant la Royal Academy of Music (Aarhus, Danemark) et le Conservatoire des Arts et Métiers Multimédia Balla Fasséké Kouyaté (Bamako, Mali). Cette expérience fut l’occasion d’une approche multidisciplinaire mêlant musiques actuelles (rap, pop, jazz…) ou extra-européennes à un matériau médiéval initial, à partir de monodies issues de l’œuvre de Guillaume de Machaut ou du manuscrit de Londres. Cette résidence a débouché sur un concert de restitution dans le cadre de la saison publique du CNSMD de Lyon. Expérience unique de partage, elle dénote l’universalité de ces répertoires dont les propositions d’interprétations sont infinies pour le musicien.

L’ensemble ApotropaïK a été depuis invité à trois reprises à la saison de concerts-rencontres du Centre de musique médiévale de Paris au musée de Cluny (Musée national du Moyen-Âge). Il est également amené à se produire dans divers festivals de renom en France et en Europe comme Mars en Baroque (Marseille), le MAfestival (Bruges), le Gröpelinger Barock Festival (Bremen), le Festival de Sablé (Sablé-sur-Sarthe), à la saison musicale des Chartreux (Lyon) et à l’Heure Musique du Jeudi (Nantes).

Son répertoire s’étend de la fin du xiie siècle jusqu’au xve siècle, des premiers chants de troubadours à l’orée de la Renaissance. L’ensemble manifeste un intérêt particulier pour la monodie instrumentale ou vocale, à l’instar des estampies françaises et italiennes ou des Cantigas de Santa Maria. En outre, il approfondit également les répertoires polyphoniques des xive et xve siècles, telles que les diminutions instrumentales du Codex Faenza ou du Buxheimer Orgelbuch, les chansons de la Cour de Bourgogne ou les mélodies du Chansonnier Cordiforme.

En novembre 2017, ApotropaïK remporte le 1er prix lors du 2e Concours International des Journées de musiques anciennes de Vanves.