INFORMATIONS PRATIQUES

 

Tarif unique 11€

Règlement sur place

Attention, pas de CB !

 

Réservation indispensable

par mail de préférence :

resa@lacourroie.org

ou par téléphone : 04 90 32 11 41

Placement libre

Durée du concert 1h15 sans entracte

 

Soupe, desserts et boissons vous sont proposés

- à l'issue du concert de 11h00

- à partir de 19h15 et à l’issue du concert du soir

Boissons : 1€

Soupe : 3€

Desserts : 2€

Girolamo Bottiglieri • Violon

Emmanuel Balssa • Violoncelle

Rémy Cardinale • Piano Erard 1895

Mardi 10 et mercredi 11 mars 2020 à 20h20

L'Armée des Romantiques

Johannes Brahms 1833-1897

 

Sonate pour piano et violon

en sol majeur op 78

• Vivace ma non troppo

• Adagio

• Allegro molto moderato

 

Sonate pour piano, violoncelle

en mi mineur opus 38

• Allegro non troppo

• Allegretto quasi minuetto

• Allegro

 

Trio pour piano et cordes no 3

en ut mineur op 101 (1886)

• Allegro energico

• Presto non assai

• Andante grazios

• Finale Allegro molto

© Robin Daevis

« Faites-le comme vous voulez mais faites-le beau ! »

 

Que dire de plus ! Cette phrase de Brahms a été relayée par la pianiste Fanny Davies (1861-1934) qui eu la chance de côtoyer le maître dans les dernières année de sa vie.

Brahms avait pour habitude de tester ses nouvelles œuvres en concert avant toute publication. Quand il s’agissait de pièces avec piano il en assurait la partie, quand c’était pour orchestre ou chœur, il prenait la baguette. En septembre 1887 il se rendit en compagnie du violoniste Joseph Joachim et du violoncelliste Robert Hausmann à Baden-Baden, ville thermale très à la mode à cette époque afin d’y présenter son double concerto pour violon et violoncelle op.102. À son arrivée dans l’après-midi, nous raconte Clara Schumann qui se trouvait sur place, Brahms exprima le désir de lire avec ses amis une nouvelle pièce de musique de chambre nouvellement édité : son dernier trio op. 101. Partie à la recherche de cette partition dans toute la ville, en vain, Clara demanda à son élève Fanny Davies, si elle n’avait pas un exemplaire du trio en question. Par chance, elle l’avait ! C’est ainsi que cette jeune pianiste anglaise fit la connaissance de Brahms. Lui amenant la partition, Clara demanda si son élève pouvait assister à cette répétition discrètement dans un coin. « Il grogna et maugréa son approbation ».

Les trois géants jouant le trio op.101, Clara tournant les pages, quel tableau !

Cette histoire est tout simplement extraordinaire. Combien d’artistes musiciens auraient aimé vivre cette rencontre avec l’un des plus illustres compositeurs romantiques.

Quelques années plus tard, dans un document précieux, Fanny Davies décrira avec une précision inouïe le jeu de Brahms et les commentaires qu’il fit lors de cette séance de musique à peine imaginable.

« Quand Brahms jouait on savait exactement ce qu’il voulait transmettre à ses auditeurs ». Son jeu est décrit comme « calme et majestueux, parfois sauvage et fantastique, avec une profonde tendresse sans sentimentalité, un humour délicat, capricieux, sincère, avec une noble passion ». Ce témoin privilégié loue son legato qui est devenu légendaire aujourd’hui, Brahms « commence bien ses phrases, les termine bien, laisse beaucoup d’espace entre la fin d’une phrase et le début d’une autre, tout en les rejoignant sans interruption. […] On pouvait entendre qu'il écoutait très attentivement les harmonies intérieures et qu'il mettait bien sûr l'accent sur les bonnes basses. […] Il ne s'attarderait pas sur une note seulement, mais sur une idée complète, comme s'il était incapable de se détacher de sa beauté. Il préférerait rallonger une mesure ou une phrase plutôt que de la gâcher en faisant rentrer le temps dans une mesure (tempo métronomique ) »

Ces dernières descriptions mettent l’accent sur l’éloquence, la déclamation et la diction qui sont pour lui indissociables du discours musical. Sa manière d’interpréter était « libre, très élastique, expansive, sans que l’équilibre rythmique en soit désorganisé ». Les propos qu’on lui connaît contre les indications métronomiques vont dans le sens de la description d’un jeu souple n’hésitant pas à distordre les rythmes notés sur la partition pour servir l’expression voulue. « Un Brahms strictement métronomique est impensable ! »

Suite à cette répétition, Fanny Davies nota sur sa partition de nombreuses observations : 18 estimations de métronome pour l’ensemble de l’œuvre, des adjectifs décrivant les états d’âme, des marquages dynamiques, des liaisons et divers types d’accents, sans oublier les prises de temps au sein même des phrases musicales… Annotations qui accentuent ou révisent les propres directives de Brahms éditées sur la partition.

Ce genre de document est extrêmement rare dans l’histoire de la musicologie. Le fantasme contemporain qui nous guide vers le désir de connaître avec précision les moindres envies du compositeur est ici presque réalisé.  Nous pourrions avec cette somme d’indications restituer le jeu de Brahms, comme si on y était. Mais le mythe de l’authenticité ne nous emmènerait-il pas à faire fausse route si nous n’en restions qu’au niveau de la restitution ? Ce que nous révèle sans le vouloir peut-être cette jeune pianiste c’est l’attitude extrêmement libre de Johannes Brahms devant ses propres oeuvres. Un compositeur qui exalte l’acte interprétatif de l’exécutant, qui invite le musicien à proposer quelque chose de personnel, de profond au détriment du texte édité, mais au service de l’œuvre interprétée. Un musicien qui privilégie « le détail sur l’unité » plutôt que l’inverse comme dirait Mathis Lussy dans son « traité de l’expression musicale » des années 1870.

Cette répétition entre ces immenses musiciens, artistes de premier plan d’une époque déjà lointaine, miraculeusement gravée sur papier par une pianiste sensible aux détails qu’elle entendit, doit nous inviter à nous saisir de l’esprit romantique et à tourner le dos aux faux espoirs de restitutions historiques qui ne répondent qu’à l’idéologie néoclassique de notre époque.

Vous l’aurez compris, L’Armée des Romantiques ne tiendra aucun compte des indications de Brahms relayés par Fanny Davies, à l’exception de… « Faites-le comme vous voulez mais faites-le beau ! »

R. Cardinale

L’Armée des Romantiques

C'est sous la bannière de l'Armée des Romantiques que se sont rassemblés des compagnons fidèles tels que la soprano Magali Léger, le baryton Alain Buet, le violoncelliste Emmanuel Balssa, le pianiste Rémy Cardinale, les violonistes Shunske Sato, Girolamo Bottiglieri, Raya Raytcheva, l’altiste Caroline Cohen-Adad, le clarinettiste Lorenzo Coppola… Cette Armée bien singulière a pour ambition de réinterpréter les chefs d’œuvres de la musique de chambre du XIXe siècle sur instruments historiques, en repositionnant cette musique novatrice dans le contexte intellectuel et artistique de l’époque.

Les programmes des concerts de l’Armée des Romantiques visent à restituer l’atmosphère d’effervescence, de découverte et les débats passionnés qui animèrent tout le XIXe siècle. Dans cet esprit, le concert donne lieu à des commentaires et des explications par les interprètes sur le contexte historique, les partitions et les instruments, favorisant une écoute instruite entre les musiciens et le public.

 L’Armée des Romantiques affirme son engagement pour l’interprétation sur instruments historiques qui s’avère être la seule réponse crédible pour rendre la modernité des œuvres jouées. Notre pratique régulière des instruments anciens nous amène à nous interroger sur l’héritage transmis par le XXème siècle. Leurs sonorités, leurs couleurs, leurs dynamiques, bousculent nos propres habitudes et certitudes sur l’interprétation des œuvres. Ce nouveau prisme sonore qu’offre les instruments anciens, réactive notre écoute, bouleverse nos attentes et redonne une nouvelle jeunesse à un répertoire parfois figé dans le temps.

L'Armée des Romantiques est convaincue de l'importance qu'il y a de donner un autre sens à notre art. Les dérives actuelles que sont l'ultra médiatisation, le culte de la personnalité, la logique des modes, sont autant d'artifices qui nous empêchent de repenser l'art d'une manière sereine. La subversion à laquelle nous appelons, passera par une autre façon d’aborder le concert et par là, rendre l’écoute plus active, plus passionnée, plus joviale, plus réfléchie… Gageons que notre envie rende notre art un peu plus désirable pour le plus grand nombre.

L'Armée des Romantiques se trouve actuellement en résidence à la Fondation Singer-Polignac à Paris et à l'Académie Bach à Arques-la-Bataille.

Les recherches incessantes sur l’interprétation historique des œuvres du XIXe siècle ont amené l’Armée des Romantiques à rencontrer les travaux de l’historien et musicologue Michel Faure. En contrepoint de la recherche musicologique fondée sur l'étude des méthodes, traités, témoignages, partitions originales, doigtés et articulations d'époque..., l’Armée des Romantiques propose une profonde remise en question des interprétations contemporaines des œuvres romantiques.

L’idéologie néoclassique dont nous sommes les héritiers colonise d’une manière plus ou moins inconsciente nos choix esthétiques. La sobriété héritée du néoclassicisme du début du 20ème siècle. Cette tentative de s'écarter volontairement d'une culture et des habitudes de jeu jugées trop "modernes", a pour but de retrouver l'essence expressive et émotionnelle d'une musique romantique qui mettait en avant la liberté et la sensibilité de l'interprète. Surgit alors la problématique de l'interprète jouant la musique romantique au XXIe siècle. Afin d'éviter toutes positions de témoignages rendant l’interprétation historique figée et nostalgique, nous proposons de traiter cette question dans toutes ses dimensions. Un musicien interprète à la fois « exécutant », « traducteur » et « questionneur ».

Ces trois fonctions nécessitent bien évidement l’assimilation des styles romantiques tout en s'appuyant  sur l'étude de la sensibilité propre au XIXe siècle, des modes de pensées, des tensions politico-sociale qui traversent ce siècle, des enjeux pour les artistes au coeur d’une guerre de classes qui ont traversé la société à cette époque... mais elles doivent être traduites dans un langage contemporain répondant aux sensibilités actuelles, avec comme récurrente question : comment interpréter la musique romantique libérée de notre héritage néo-classique ?

Nous comprenons alors qu’un texte musical ne peut répondre qu’aux interrogations qu’un interprète lui pose. La musique est donc tout sauf universelle, naturelle, allant de soi. Le musicien du XXIe siècle doit se saisir à présent de ces nouveaux paramètres proposés par une musicologie qui traite le sujet de l’artiste dans son environnement politique et sociologique.

La rencontre avec l’historien et musicologue français Michel Faure est décisive sur ce point. Les recherches qu’il réalise sur l’art (de la classe dominante) au XIXe et XXe siècle ont trouvées un échos fantastique dans les intuitions que nous avions depuis des années au sein de l’Armée des Romantiques.

Cela l'amènera à proposer tout un éventail expressif propre à sa sensibilité dans un cadre bien défini par le style et l’instrument utilisé.

Tout en gardant un regard attentif et respectueux à l'aspect historique de l'interprétation, l'Armée des Romantiques propose de mettre plus particulièrement l'accent sur cette dernière démarche et d'essayer d'aller le plus loin possible dans cette direction afin de découvrir une autre manière d'appréhender l'expressivité romantique, dégagée du carcan de l'esthétique moderne.

En conclusion L'Armée des Romantiques invite les jeunes musiciens à partager "l'audace" de cette vision. Cette mise en situation avec de jeunes instrumentistes ayant déjà acquis de bonnes connaissances dans la pratique des instruments anciens nous paraît particulièrement propice à ouvrir le débat et explorer de nouvelles voies: en travaillant sans chef, dans un esprit de partage et de dialogue propre à la musique de chambre, par le questionnement infatigable de l'œuvre et des modes de jeu qui peuvent en découler, l'Armée des Romantiques propose une véritable réflexion et espère par cette fructueuse collaboration ouvrir de nouvelles voies pour l'interprétation au XXIe siècle.